J'm'y attendais pas à ça, fière, prônant un idéal feminin decomplexé et autonome, il m'a parlé et c'était fini, toutes mes certitudes s'étaient envolées, parler d'amour, peut être, sûrement, j'étais dependante, la pire des tortures, la dependance, mon dieu, Oscar Wilde avait raison, la meilleure façon de resister à la tentation est d'y succomber, et j'ai resisté.
La souffrance post amoureuse, j'm'y attendais pas non plus à vrai dire, pauvre de moi, la pire de toutes, my god, tirez moi une balle dans le pied, ça ira plus vite, trouvez le nerf, et avec un peu de chance je finirais boîteuse jusqu'à la fin de mes jours ! Comme une petite vengeance divine qui m'disait "haha tu t'es bien foutu d'ma gueule connasse, t'y croyais pas, tu niais tout c'que j'avais crée, bah voilà, maintenant tu l'as dans l'cul, parce que c'est toi qui derouille à cause de c'que j'ai fabriqué !" (J'crois pas en dieu, et je doute que si il existe il emploie ce vocabulaire.)
Cette vague pudeur qu'il s'était épuisé à entretenir avait été perçée, je savais tout.
En un seul regard, par ma seule imagination, je lui avais inventé une vie, une vie parfaite. J'en ferais partie, bien entendu, nous vivrions dans les années 50, un brushing à en faire pâlir les ménagères de moins de quarante ans, une petite robe vichy, et une spatule, au dessus de ma sublime gazinière achetée neuve, petit quartier residentiel, nous avons une voiture, que dire de plus.
Mais lorsqu'il s'agit de réciprocité, l'imagination n'entre plus en ligne de compte, je l'aimais, il l'aimait.
Et je regrette, j'sais pas si je regrette de pas avoir cru en dieu ou si je regrette de lui avoir un jour adressé la parole, mais dans tous les cas j'regrette vraiment un truc.